Qu’est-ce qu’un art martial ?

05 décembre 2012
Auteur : Olivier Blin

Faisant suite à mon premier article « pourquoi pratiquer un art martial ? » qui posait la question en invitant chacun à identifier sa propre pratique, voici un article qui explore plus en profondeur l’idée d’art martial.

Il s’agit d’une réflexion alimentée par la lecture de trois ouvrages : Méditations on violence du sergent Rory Miller, ma voie Tengu de Roland Habersetzer et Nova Scrimia de Graziano Galvani
Tous ces livres ont en commun une réflexion sur les enseignements du passé, l’efficacité des arts martiaux et la transposition du dojo au « monde réel ».

L’art martial traditionnel.
Il ne faut pas confondre traditionnel et ancien. Ainsi pratiquer de la même manière que l’auraient fait les samouraïs ou les maîtres chinois des siècles passés n’est pas pratiquer un art martial traditionnel car la tradition ne se perpétue pas dans la technique mais dans le message.
La technique quant à elle doit tenir compte des changements perpétuels du monde et donc répondre au mieux à ces changements.
L’art martial ne peut être isolé de son contexte socio-culturel. Les arts martiaux ont été crées à la base pour des applications sur le champ de bataille ou afin de se défendre. On entend souvent dire que le mode moderne est violent mais de toute évidence la violence par le passé était certainement bien supérieure. Par exemple ce n’est qu’en 1796  que des commissaires de police furent instaurés dans toutes les villes de plus de 5.000 habitants. Que se passait-il avant ou après dans les villes de moins de 5000 habitants ?

Le wushu est également né de la nécessité de faire face à la violence en Chine, invasions venues du nord pendant toute la période des royaumes combattants (et probablement avant), lutte contre les brigands et les villages rivaux.
En 1626 en France Richelieu fait interdire le duel, jusque là il était légal de s’affronter dans des duels pour l’honneur dont l’issue était souvent fatale, inutile de dire qu’il fallait mieux s’être préparé correctement.
Les racines des arts martiaux sont encrées dans la nécessité et la réalité.

Aujourd’hui en France il n’y a plus de duels à l’épée d’ailleurs personne ne porte d’épée, nous ne sommes pas non plus en guerre avec un autre état ou en guerre civile. Cependant selon les sondages les gens ne se sentent pas en sécurité. A moins d’habiter au village des bisounours peu importe l’époque et l’endroit, le besoin et la volonté de se défendre sont des préoccupations légitimes.
Un art martial pertinent devrait donc nous préparer à faire face à la violence susceptible d’être rencontrée.
Et quelle forme prendra cette violence ?

L’éventail reste large. Il peut s’agir d’une « embrouille » dans ce cas le but de l’agresseur est l’agression en soi. Il peut s’agir d’un vol, d’un viol. L’agresseur peut être armé, il peut y avoir plusieurs agresseurs. Vous pouvez être l’agressé mais ce peut aussi être une personne que vous voulez défendre.

Si l’on rajoute à cela les paramètres d’état d’esprit, de moment, de lieu de météo etc, on obtient un champ de possibilités immense.
Un art martial efficace ne devrait donc pas à se limiter à l’appréhension d’une seule situation. (Et surtout pas à la seule « embrouille » dont l’existence n’est que l’extension du jeu de domination semblable à celui du règne animal. Vous avez sûrement déjà vu deux chiens se battre, ils ne vont jamais jusqu’à la mort, l’un des deux se soumet la queue entre les jambes. « L’embrouille » c’est la même chose, le but n’est pas la mort mais la domination, le dommage suite à ce type d’agression est plus psychologique que physique.) Mais explorer tous les aspects de l’agression.
Le but de l’art martial est donc la défense de soi et d’autrui face à une agression réelle.

Dans les écoles d’escrime italiennes on travaillait selon toutes sortes de scénarii : seul contre plusieurs, deux contre cinq, dos au mur etc de la même manière un art martial efficace tentera de reproduire avec le plus de fidélité possible l’agression. Cependant il y aura toujours une différence entre entraînement et la réalité.
Quelle est la réalité ?
Voici ce qui risque de vous arrivez si vous êtes réellement agressé :

- Le rythme cardiaque s’accélère l’adrénaline se déverse dans le système
- Vous pouvez être paralysé
- Vous êtes affaibli physiquement et intellectuellement
- Vous ne pouvez vous concentrer et prendre une décision avisée (irruption de pensées irrationnelles)
- L’audition est perturbée
- Une vision tunnel vous fait focaliser sur une cible
- Vos gestes sont imprécis, tout geste fin (type clé) devient impossible

L’artiste martial doit donc se préparer en conservant ces informations à l’esprit
La violence est d’une grande complexité. Pour vraiment maîtriser le sujet il vous faudrait des connaissances en physique, anatomie, physiologie, athlétisme, droit, psychologie criminelle, dynamique des groupes, stratégie et même morale.

Cependant lors d’une agression vous avez moins d’une seconde pour réagir.
La préparation mentale devrait donc constituer la majeure partie de l’entrainement. L’harmonie corps-esprit sera mise à rude épreuve en cas d’agression c’est donc cette unité qu’il faut renforcer afin d’espérer la voir maintenue dans une certaine mesure en situation réelle.

Il est intéressant de voir que les termes wushu en chinois et budo en japonais et qu’on traduit par arts martiaux ont en fait un sens différent dans leur langue d’origine. Ils sont plus rigoureusement traduits par Wu= arrêter + armes et Shu= habilité, talent, art c'est-à-dire l’habileté à faire cesser l’action des armes en d’autres mots une pratique de la bravoure, on comprend donc que la technique est secondaire et que ce qui prime est la défense, la protection et l’état d’esprit nécessaire à leur mise en œuvre.


Ainsi l’artiste martial cherche à développer cet état d’esprit. C’est ce qu’on appelle la voie dans les arts martiaux japonais. Un idéal de courage, de maitrise de soi et de sens de la justice.
Afin d’arriver à cette attitude il convient de se poser certaines questions et de définir à l’avance les situations qui vont légitimer l’action et celles qu’on peut résoudre pacifiquement. Que refuserai-je de subir ?

L’artiste martial doit donc s’efforcer de cultiver une personnalité (courage et détermination) d’avoir des techniques aiguisées (efficaces et simples), une capacité tactique de lecture de son environnement, une capacité supérieure de la gestion du stress.